Kasa-vubu le héros : un modèle atypique mal enseigné

Élevé au rang de héros national par le Président de la République Félix Tshisekedi,le premier Président de la République demeure une personnalité politique équilibrée , atypique et mystérieuse. De sa naissance cérémoniale à sa disparition humble, oubliée,mais symboliquement édifiante, Kasa-vubu n’en demeure pas moins un héros,un vrai héros et un grand nationaliste.

Une naissance cérémoniale , à Dizi, après que sa mère avait été soumise à l’épreuve de l’ordalie et qui l’avait innocentée. D’où le nom de Nkasa ou Kasa qui est la substance de cette épreuve dans les régions du Bas-congo. Vubu est le nom de son père, un nom symbolique dans le tempérament du Premier Président de la République Démocratique du Congo indépendante. En effet,Vubu dans les dialectes Kongo, au-delà des acceptions localement Yombe, est le nom d’un serpent marin, inoffensif, sachant se camoufler, mordant rarement, mais paradoxalement dangereux quand il choisit de le devenir. Une naissance aussi mystérieuse que ses études au petit séminaire de Mbata-Kiela ou les études de philosophie au grand séminaire de Kabwe au Kasaï en quête de la prêtrise. Toujours équilibré,un “nzonzi né”. La sagesse Kongo de trois écoles initiatiques : Kimpasi , l’apprentissage à la souffrance, Kindembo, l’apprentissage au développement social et Lemba, l’université de la paix,il les incarnait à lui seul.

C’est pour cette raison que le groupe de Gaston Diomi Ndongala, les fondateurs de l’Alliance des Bakongo, lui avait confié la destinée de cette structure. C’est jour- là, il avait pris place au fond de la salle dans les masses non estampillées. On l’appela,il avança et traversa la foule pour se hisser au sommet de la structure qui a été le fer de lance de l’indépendance.

De l’Unisco à l’Abako : affirmation d’une personnalité équilibrée

Nommé Président des élèves des écoles Catholiques en 1945, Kasa-vubu prononce un discours sur le Droit du premier occupant et marquant ipso facto son entrée dans le cercle des ennemis jurés des colonialistes.
En 1954, il est élu Président de l’Abako, mouvement culturel créé par Nzenza Nlandu. Il la restructure et clarifie le combat de ce mouvement. Il signe son premier exploit politique par la rédaction de manifeste de l’Abako répondant à la fois à la Conscience africaine et au professeur Van Bilsen qui proposait un plan de l’autonomie du Kongo à l’horizon de trente ans. Kasa-vubu accepte l’indépendance par palliers, la formation de la communauté belgo-congolaise à l’issue de l’indépendance, mais rejette l’indépendance à l’horizon de 30 ans.

Il gagne des élections municipales et continue son combat pour libérer son pays. Il était le politicien le plus craint des Belges à cause de l’influence des Bakongo dans la capitale où Ils étaient majoritaires. Les martyrs de l’indépendance du 4 Janvier 1959, à l’issue d’un meeting raté où il voulait à la fois répondre au groupe de Lumumba qui l’avait accusé le 28 Décembre 1958 d’être tribaliste en prônant le fédéralisme et aux belges sur ses positions, Kasa-vubu s’était senti impliqué indirectement et était recherché dans toute la ville, même à Kimwenza où il était allé se cacher.
Voyant toujours l’intérêt du pays en premier lieu, il avait participé au groupe ayant constitué un front commun pour réclamer Lumumba aux assises de la Table ronde bien que ce dernier ait refusé de le soutenir après le boycott de ces assises.

Un Président humble et patriote

1960, Kasa-vubu gagne l’élection présidentielle face à Bolikango. Une première expérience difficile entre Lumumba et lui. Deux approches, deux visions du Congo reconciables, n’eût-été l’arrogance du Premier ministre. Début des sécessions, début du mal congolais ! Kasa-vubu va au sud-Kasai rencontrer Kalonji, le sécessionniste. Il atterrit à Bakwanga, Mbuji-maji, et refuse de monter dans une voiture où est hissé le drapeau du sud-Kasai. Il marche jusqu’à la résidence du sécessionniste avec une foule nombreuse chantant à sa gloire. Il essaye de convaincre Kalonji pour abandonner son projet et conclue avec lui un accord de principe.
Au Katanga, Tshombe fait la loi. Il s’y rend et en vrai “Nzonzi” réconcilie Tshombe et Sendwe pour la bonne marche du pays. Aux assises de Brazzaville, il se fait humilier par les sécessionnistes. Il accepte et promet ne pas rompre les contacts avec eux tant qu’il y a une parcelle d’entente.
Au bout de ces échecs, Abbé Gilbert Youlou, un autre mukongo Président de la République populaire du Congo lui propose de créer un État Kongo ethnique et puissant. Il lui réserve une fin de non recevoir. Quel patriotisme ! Il lui suffisait de dire Oui pour faire éclater le Congo. Il va lutter pour garantir l’intégrité territoriale au prix d’une dose insoluble d’humiliation de tout genre en faisant de lui dans l’opinion publique comme l’homme le plus peureux. Abats l’arrogance, faisons avancer le pays, disait-il. Le Fédéralisme est la seule solution pour délivrer le Congo,ne cessait-il de clamer. La constitution de la Conférence nationale souveraine avait retenu cette forme de République. Hélas, Mobutu avait tout sapé.

Coup d’État militaire le 24 Novembre 1965. Relégation au village. Refus de donner un mot d’ordre à ses militants très nombreux à Kinshasa. Préservation de la paix. À Mbanza-ngungu, en route vers le Mayombe, sa terre natale, il est intercepté par les militaires du Camp Ebeya pour revenir le placer au pouvoir. Refus catégorique en vue de donner une nouvelle chance au Congo et démobiliser les éventuels pêcheurs en eaux troubles. Voilà un héros, un sage dont l’humilité fait du Congo un État !

Saint Yannick

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